
Tandis que nous attendons le cinquième opus, A Dance with Dragons, et que certains viennent juste de se procurer l’édition poche de A Feast for Crows sortie chez Voyager le mois dernier, voilà une traduction (un peu reduite) de l'interview de George R.R. Martin de fantasybookspot, que nous remercions chaleureusement. vous pouvez lire la version original en allant sur
ce lien.
Tradution par Curunir et Serpent Blanc
- D’où vous est venue l’idée qui vous a mené à écrire une épopée épique aux multiples tomes qui serait racontée par plusieurs narrateurs ?
Que je sois damné si je le sais. Un jour, j’étais en train de travailler sur un nouveau roman de SF en 1991 lorsque le premier chapitre de A Game of Thrones, (celui où Bran chevauche avec son père pour voir un homme se faire décapiter et qu'ils découvrent les petits loup-garous dans les neiges d’été), m'est venu, si fort et si limpide que j’ai su que je devais mettre l’autre roman de côté pour l’écrire. A cette époque je n’avais aucune idée que c'était une partie d’une épopée en plusieurs volumes, je savais seulement que je devais le coucher sur papier.
La structure actuelle des livres 'Ice and Fire', avec leurs multiples personnages et intrigues entremêlées, a été inspirée par les livres écrits en commun Wild Cards que j’édite et écris depuis 1985. Beaucoup des Wild Cards sont des romans en mosaïque, où chacun de mes auteurs raconte l’histoire de tel ou tel personnage puis je tisse les histoires ensemble pour en faire un tout, comme une espèce de film de Robert Altman en prose. Du point de vue de la structure, les livres 'Ice and Fire' sont des romans-mosaique Wild Cards dont j'écris toutes les parties
- Dans une récente interview vous avez fait un commentaire que j’ai trouvé pertinent concernant la croissance du genre, c'est-à-dire l’accablante pénurie de livres publiés de nos jours, qui a eu un impact négatif sur le genre. Bien que la variété soit certes une bonne chose, les fans se consacrent beaucoup plus exclusivement à tel ou tel sous-genre au lieu d’être des fans de Fantasy et de Science Fiction, ce que vous avez commenté : « La fantasy et la science fiction se sont séparés, une tendance que je trouve particulièrement malheureuse. » Pensez-vous que ceci est le fait des éditeurs/commerciaux ou simplement une réaction de leur part pour répondre au changement dans la communauté des fans, et si oui, quelle est pour vous la cause de cette séparation ?
Tel que je le vois, les différences entre la SF et la fantasy sont de loin moins importantes que ce qu’elles ont en commun. Ce n’est pas par hasard que les deux sous-genres ont partagé les mêmes rayons dans les librairies depuis des décennies, ou que des auteurs comme Jack Vance, Poul Anderson et L. Spraque de Camp sont passés de l’un à l’autre et inversement facilement et avec bonheur au cours de leurs longues carrières. La SF et la fantasy sont toutes deux des variétés de la littérature imaginaire qui naquirent de la tradition romantique.
Il y a des fans qui ne lisent que de la SF et méprisent la fantasy et vice versa. Il y en a assez pour que certains éditeurs semblent vouloir construire des murs entre les deux sous-genres pour approvisionner leurs préjugés, ils vont même dans certains cas suffisament loin pour dire aux nouveaux auteurs de SF qu’ils ont besoin de changer leur nom s’ils veulent écrire de la fantasy. Ce ne sont que des sottises
- La série du Trône de fer a remporté un énorme succès, ce qui n’est pas rare pour une série de fantasy épique. Cependant ce qui est assez unique est que vous constituez une exception dans le fait d’avoir l’acceptation de la critique dans les cercles de la fantasy. Que pensez – vous qu’il y a dans ce travail qui pourrait être ou ne pas être présent dans d’autres travaux du sous-genre ?
Je ne suis pas la bonne personne pour répondre à cette question qui devrait normalement être adressée aux critiques.
Tout ce qu’un auteur peut faire est d’essayer de produire le meilleur livre possible et d’espérer qu’il le fasse bien. Ce n’est pas une bonne chose que de s’asseoir pour se ronger les sangs à propos de « l’acceptation de la critique » ou de son absence.
- Il y a peu de temps un article du Time vous a couronné « le Tolkien américain ». Etiez-vous au courant de cette déclaration avant sa publication et quelle a été votre réaction ?
Je savais que le Time devrait sortir une critique mais jusqu’à ce que j’ai lu l’article je n’avais aucune idée de ce qu’il dirait. Quand je l’ai lu, j'ai été enchanté. Tolkien est le père de la fantasy moderne et l’un des plus grands écrivains du 20ème siècle. Il a aussi eu un impact profond sur moi personnellement lorsque j’ai découvert Le Seigneur des Anneaux au lycée. Lui et moi sommes des auteurs très différents, à n’en pas douter, mais en même temps j’ai été extrêmement heureux et flatté par le titre « Tolkien américain ».
- Laissez moi vous poser une question futile. La question qui vous vous sera posée 1000 fois de plus en 2006 : comment progresse A Dance with Dragons ?
Une page à la fois.
- Vous louez souvent le travail de Vance, et je pense que l’on peut voir des traces de cette influence dans Tuf Voyaging. Qu’y a-t-il chez Vance qui en fait un autaur à part à vos yeux, le rendant aussi efficace en Fantasy qu’en Science Fiction (ou en Polars pendant qu'on y est)?
Son style. Son imagination. Sa construction d’un monde. Son oreille pour les noms, pour la langue. Personne d’autre n’écrit comme Jack Vance. Il est unique.
- Vous avez pour principe de ne pas parler des autres auteurs, mais vous essayez de mettre en avant certains nouveaux venus. Récemment vous avez émis des avis positifs sur deux que j‘ai lu et que j’ai aussi bien appréçiés ; Daniel Abraham qui a débuté avec "A Shadow in Summer" sorti il y a peu, et Scott Lynch qui a débuté avec "The Lies of Locke Lamora" publié ce mois-ci. Dans un genre qui a tant de nouvelles sorties, qu’est-ce qui a séparé ces travaux du reste pour vous ?
Leur qualité. Je reçois beaucoup d’ouvrages et j’essaie d’accorder à la plupart au moins un coup d'oeil. En certaines occasions je n’ai besoin de lire qu’un chapitre ou deux pour voir que c’est le même vieux truc dans une nouvelle boîte, mais Abraham et Lynch m’ont chacun d’eux capturé dès la première page et ne m’ont jamais laissé partir. Il y a une fraîcheur dans leur travail que je ne retrouve pas dans beaucoup des livres que je reçois… et aussi des personnages attachants.
- En 1981 dans une réponse à l’équipe du groupe de travail Dish vous avez dit : “ La division entre la fiction populaire et littéraire est récente et honteuse. » 25 ans plus tard la même discussion semble répandue dans le genre. Pensez-vous que les choses ont empiré aujourd’hui ou votre vision a-t-elle radicalement changée ?
Non, ma vision n’a pas changé. Je pense qu’il y a eu quelques signes du rapprochement du fossé durant les dernières décennies. Les journaux et magazines majeurs sont moins réticents à critiquer des titres de SF et de fantasy par rapport à il y a 20 ans. Michael Chabon a gagné le Pulitzer pour "The Adventures of Kavalier and Clay", Stephen King a remporté le National Book. Une récompense pour l’œuvre de toute une vie, et Tolkien est arrivé au sommet de sondages des romans les plus marquant du 20ème siècle. Ceci ne veut absolument pas dire que la division a cessé d’exister mais il semble que les choses vont dans la bonne direction.
- Vous vous êtes exprimé sur les obstacles associés à la publication de "A feast for Crows" (retardée pour différentes raisons). De quoi êtes vous le plus satisfait dans ce livre, y'a t-il un personnage ou un pan d’intrigue qui s'est mieux développé que ce que vous pensiez de prime abord ?
Je suis trop proche du livre pour être capable de l’évaluer objectivement. Reposez moi la question dans 20 ans et j'aurais peut-être une réponse pour vous.
- Les prochaines histoires Dunk and Egg ont-elles trouvé un acquéreur ?
Je ne les ai pas encore finies, hélas. Une fois que ce sera fait je ne pense pas avoir de problèmes pour les placer. J’ai déjà eu plusieurs offres tentantes.
- "The Ice Dragon" est sur le point d’être réédité et je me demandais s’il était prévu plus d’histoires courtes (hors Dunk & Egg) qu’elles soient inédites ou pas dans le futur ?
La nouvelle édition Tor de "The Ice Dragon" est une version pour jeunes adultes illustrée par la merveilleuse artiste britannique Yvonne Gilbert. Ma chère Parris me disait depuis des années que The Ice Dragon ferait un grand livre pour enfants et je l’ai finalement écoutée. Notre voeu est que le livre aidera à faire découvrir mon travail à toute une nouvelle génération de lecteurs qui grandiront et essaieront d’autres de mes histoires. Il est probable qu’il n’y aura pas d’autre essai dans le genre. The Ice Dragon n’a demandé qu’un léger travail d’édition pour le rendre acceptable pour les jeunes lecteurs, mais ce n’est le cas d’aucune autre de mes histoires donc il est probable que ce sera mon seul livre pour jeunes adultes.
Pour les lecteurs plus vieux, il y aura cependant une édition anglaise de mon énorme collection couvrant ma carrière "GRRM : A Retrospective" (publiée pour la première fois par Subterranean Press en 2003) qui sortira chez Gollancz sous le titre Dreamsong. Cela représente un demi million de mots tirés de mes histoires courtes, de scripts télé et de mon autobiographie.
- Maintenant la question importante ! Pouvez – vous promettre à un fan loyal que Bronn survivra ?
Désolé. Personne n’est en sécurité dans mes livres.
Je veux remercier Mr Martin d’avoir participé à notre évènement On the Spot et d’avoir pris du temps pour FBS alors qu’il est en train d’écrire le très attendu "A Dance with Dragons". Je rappelle également que "A Feast for Crows" est désormais disponible en poche pour vous, détracteurs du grand format.