
Rivages vous offre aujourd'hui en exclusivité une interview de Jacqueline Carey, auteur célèbre et célébrée pour son excellente trilogie de Kushiel. Un énorme merci à Pat (
www.fantasyhotlist.blogspot.com) pour nous avoir aidés à obtenir cette ITW. Interview réalisée par Elise et Serpent Blanc par mail en mai 2006. Mise en ligne le 6 juin 2006.
The original version of the interview -in english- can be found at the bottom of this post. If their are any mistakes Excuse our English
Tout d’abord, j'aimerais vous remercier pour avoir accepté aussi gentiment de répondre aux questions de Rivages-Maudits.com. Vous êtes l’auteur de la série très acclamée « Kushiel's Legacy » ainsi que de la duologie épique « The Sundering ». Vous êtes en ce moment en train d'écrire une autre trilogie dans le monde de Kushiel dont le 1er tome sera publié le 12 juin.
- "Kushiel’s Legacy" se déroule dans une Europe alternative, la série “The Sundering” dans un nouveau monde. Qu’est-ce qui, entre totalement retravailler notre monde et son histoire ou créer entièrement un nouvel univers à exigé le plus d’imagination de votre part ?
Je dirais que donner vie au monde de Kushiel’s Legacy a demandé plus d’imagination, parce que cela couvre tant de territoires et inclut tellement de cultures. Je me suis appuyée sur de nombreuses recherches, mais cela était et continue à être une vaste entreprise en termes de création d’univers.
- Pour le moment, duquel de vos livres êtes-vous la plus satisfaite et pourquoi?
C’est une question difficile, c’est comme choisir un préféré parmi ses enfants ! En ce moment, c’est le second livre de la trilogie d’Imriel, Kushiel’s Justice, principalement parce que je viens de terminer de l’éditer. Je suis très contente du résultat et l’expérience est encore fraîche et vivace dans mon esprit.
- A votre avis, quel age devrait avoir un lecteur pour apprécier, respectivement, votre série Kushiel et The Sundering?
Dû à son contenu sombre et érotique, je n’ai jamais conseillé la série de Kushiel à des lecteurs de moins de 18 ans. Beaucoup d’entre eux la lisent quand même, mais pas parce que je l’ai suggéré! Et, bien que la duologie The Sundering n’a pas le même aspect sexuel, l’idée de réécrire une Fantasy épique comme une grande tragédie sera davantage susceptible de plaire à des lecteurs matures qu’à de jeunes adultes.
- Les d’Angelins honorent un précepte sacré “Aimez comme vous l’entendez”. Qu’est-ce qui vous a donné cette idée ?
J’étais intéressée par l’idée d’une déité dont le seul attribut divin était l’amour, et d’explorer la notion d’amour comme une force capable d’altérer le cours des évènements humains.
- Sans trop en dire, nous savons que vous êtes un auteur qui n’hésite pas à éliminer des personnages ou à leur faire subir des épreuves effroyables. Pour vous, est-ce un élément de réalisme nécessaire ? Et est-ce que ces passages ont été durs à écrire ?
Oui et oui. Le fait qu’il y ait un véritable risque que les personnages souffrent ou meurent, rend les enjeux émotionnels réels et significatifs. Mais il y a eu quelques passages sombres très difficiles à écrire et c’est toujours dur d’éliminer des personnages qui nous sont chers. Il y a eu quelques fois où j’ai écrit en larmes !
- Pourquoi avoir choisi le point de vue de la première personne pour raconter l’histoire de Phèdre ? Est-ce que cela apportait quelque chose que le point de vue à la 3ème personne ne pouvait pas englober?
Je pense que cela apporte une immédiateté et une impression d’intimité. Sa nature en tant qu’ « anguissette », destinée à expérimenter la souffrance comme plaisir, est un élément provocant. Si j’avais écrit à la 3ème personne, je pense que cela aurait paru bien plus voyeuriste. Du point de vue de la 1ère personne, le lecteur est obligé de tout vivre selon la perspective de Phèdre.
- On parle beaucoup de Phèdre et peu d’un autre héros de la série, Joscelin le Cassiline. Voudriez-vous nous dire quelques mots sur ce personage ? Comment l’avez-vous créé ? Fut-il amusant à écrire?
Phèdre est une héroïne inhabituelle et improbable, donc ses partenaires devaient aussi être exceptionnels. Joscelin commence comme un guerrier hautement entraîné mais inexpérimenté. Il est rigide, irritable, et a fait voeu de chasteté ; ce n’est pas votre héros romantique typique. Au fil de la série, beaucoup de ses croyances sont remises en cause et brisées. Il devient un combattant mortel et formidable, ainsi qu’un amant assez prodigieux. Et oui, il a toujours été très amusant à écrire !
A propos de vous :
- Vous avez dit dans une précédente interview que vous pensiez que votre point fort en tant qu’écrivain était la polyvalence. Dans ce cas, posons la question inverse. Sur quel aspect de l’écriture pensez-vous devoir vous améliorer, ou quel aspect est le plus difficile pour vous ?
Je suis devenue tellement à l’aise avec le point de vue à la 1ère personne, que j’ai eu beaucoup de mal à passer à un point de vue à la 3ème personne changeant et multiple dans The Sundering. Ce fût plus difficile maintenir l’élan avec autant de fils narratifs.
- Certains auteurs de Fantasy sont plutôt liés au genre et écrivent exclusivement des livres de Fantasy, tandis que d’autres s’essayent à toutes sortes de littératures (la SF, mais aussi l’Histoire, la poésie, la philosophie etc.). Vous même, vous sentez-vous plutôt attachée à la Fantasy ou est-ce que l’idée d’écrire dans d’autres genres littéraires vous tente?
Mes goûts sont éclectiques. Kushiel’s Dart à été le roman qui m’a permis de percer, mais j’avais expérimenté dans d’autres genres dans des travaux précédents et non publiés, et je suis certaine que je le ferais dans le futur.
- En tant que lectrice, quel est la qualité la plus importante que vous recherchez dans un livre ? qu’est-ce qui fait qu’un livre est bon selon vous ? (Une intrigue pleine de rebondissements ? des personnages travaillées ? un contexte original ? un stylé d’écriture de qualité ?...).
Tout ce qui a été cité. Dans la préface d’A l’Est d’Eden, John Steinbeck a écrit : « Bien, voici votre boîte. Presque tout ce que j’ai est à l’intérieur, et elle n’est pas pleine. Douleur et joie sont dedans, et les bons ou mauvais sentiments, les bonnes et mauvaises pensées, le plaisir de la conception, et un certain désespoir et l’incroyable joie de la création. Et au dessus de tout cela, toute la gratitude et l’amour que j’ai pour vous. Et pourtant la boîte n’est pas pleine.”
C’est ainsi que je me sens face à un véritable grand livre.
- Est-ce qu’un auteur, un auteur célèbre en particulier, doit quelque chose à ses fans ? et si oui jusqu’à quel point ?
Je me sens certainement comme ça. Le succès de mes livres est dû en majorité au bouche à oreille de fans avides, et j’en suis reconnaissante. Jusqu’à quel degré est difficile à évaluer. Un moyen pour moi de montrer ma gratitude est de laisser un lien email sur mon site et de répondre personnellement à toute ma correspondance, mais il viendra peut-être un temps où ce ne sera plus réalisable. C’est différent pour chaque écrivain, mais je pense que nous devrions toujours garder à l’esprit le fait que, sans les fans, aucun de nous ne serait capable de faire ce qu’il aime pour vivre.
- Pour qui écrivez-vous en priorité, vous-même ? Vos fans? Vos éditeurs ?
J’écris d’abord et avant tout pour moi et ma muse. Je dois aimer ce que je fais et prendre plaisir dans le processus. Je peux seulement espérer que si je réussis dans mon métier, mes lecteurs et mon éditeur seront heureux.
Questions à thème français :
- Kushiel’s Legacy se passe en Terre d’Ange, une France alternative. Pourquoi avoir choisi un tel emplacement comme pays natal de Phèdre ?
J’ai été en partie inspirée par un voyage en Provence où je suis tombée amoureuse du paysage, de la qualité de la lumière, des odeurs, du décor, du sentiment de lieu. Il se trouve que ça correspondait parfaitement à la mythologie que j’étais en train de créer ; Elua le Béni, un dieu né du sang du Christ et des larmes de Marie Madeleine, errant de par le monde et établissant son foyer en France. Quand j’ai commencé la série, le récit apocryphe de la fuite de Marie Madeleine, portant l’enfant de Jésus, en France, était très peu connu. Le « Da Vinci Code » a sûrement changé cela !
- Les d’Angelins sont-ils, même à un degré infime, inspirés de l’image que les gens ont des français?
La perception populaire des français comme étant un peuple très sophistiqué a certainement rehaussé la description des D’Angelins, mais leur culture dérive davantage de ma mythologie inventée que d’un précédent du monde réel.
- Au vu de certaines descriptions de Terre d’Ange, il semblerait que vous ayez visité la France, (les descriptions des champs de lavande en particulier, font fortement penser à la Provence). Alors, avez-vous apprécié ce séjour ?
Absolutement !(En français dans le texte) J’y ai passé un merveilleux séjour.
- Une France alternative comme décor, une prose élégante, une héroïne originale et sexy, vos livres pourraient remporter un certain succès par ici. Avez-vous jamais entendu parler d’une possible traduction en français ? Qu’en pensez-vous ?
Cela a pris du temps, mais je suis heureuse d’annoncer que l’automne dernier, j’ai signé un contrat avec l’éditeur Français Bragelonne pour les droits de la trilogie originelle de Kushiel. Cela va donc arriver dans les prochaines années, et j’espère que la traduction française des livres se trouvera un lectorat aussi merveilleux que la version anglaise.
Questions additionnelles :
- Kushiel’s Scion va être publié en juin. Ce n’est pas dans si longtemps. Comment vous sentez-vous pas rapport à cette sortie ?
Je suis excitée. Je sais que beaucoup de lecteurs ont attendu patiemment ce livre, et je me réjouis d’avance de cette aventure.
- Souhaitez-vous dire quelque chose à propos de cette nouvelle trilogie ?
L’histoire d’Imriel est plus personnelle et intime que celle de Phèdre. Je pense, et j’ai entendu dire de la part de lecteurs l’ayant lue en exclusivité, qu’elle est, par certains côtés, plus abordable. Ce n’est pas tout à fait aussi épique. Il n’est pas l’élu d’un dieu, ni un bretteur sans égal ; c’est un jeune homme qui essaye d’assumer un terrible héritage, et de grandir dans l’ombre de grand héros.
Dans le même temps, ces livres ont été un pur bonheur à écrire. J’ai adoré le premier, et dans le second je traite pour la première fois de « l’amour fou » (En français dans texte), l’amour fou dans toute sa gloire passionnée! Et dans le troisième…et bien, sans rien dévoiler, je m’amuse énormément.
- Souhaitez-vous ajouter un dernier mot pour vos lecteurs français (nous ne sommes pas nombreux, mais nous existons ) ?
Merci beaucoup pour lire mes livres. (En français dans texte)

Original version of the interview
First I’d like to thank you for accepting so kindly to answer the questions of Rivages-maudits.com. You are the author of the acclaimed “Kushiel’s Legacy” trilogy and of the epic duology “The Sundering”. You are now writing another trilogy in the world of Kushiel and the first book will be published the 12/06/06.
Questions about your books:
- Kushiel's Legacy takes place in an alternate Europe, The Sundering series in a new world. What, between totally reworking our world and its history, or creating an entirely new setting, demanded the most imagination from you?
All in all, I would say that bringing the setting of Kushiel's Legacy to life required more imagination, because it covers so much territory and incorporates so many cultures. I had plenty of research to draw on, but it was still and continues to be a vast undertaking in terms of world-building.
- For the moment, which one of your books are you the most satisfied with and why?
That's a hard question, it's like choosing a favorite among one's children! At the moment, it's the second book in Imriel's trilogy, Kushiel's Justice, primarily because I just finished editing it. I'm very happy with the results and the experience is fresh and vivid in my mind.
- How old do you think a reader should be to enjoy respectively, your Kushiel series, and your Sundering series?
Due to the dark erotic content, I never recommend the Kushiel series to readers under eighteen. Many of them read it anyway, but not because I suggested it! And while the Sundering duology doesn't have the same sexual tone, the idea of rewriting epic fantasy as high tragedy might be more appealing to mature readers than young adults.
- The d'Angeline honor one sacred precept: "Love as Thou Wilt." How did you come up with that idea?
I was interested in the idea of a deity whose sole divine attribute was love, and exploring the notion of love as a force capable of altering the course of human events.
- Without giving away too many spoilers, we know that you are an author who doesn't hesitate to eliminate characters or make them go through awful hardships. Is it a necessary element of realism for you? And are those parts of the book tough to write?
Yes and yes. The fact that there's a very real chance characters will suffer or perish makes the emotional stakes real and meaningful. But there have been some dark passages that were very tough to write, and it's always hard to kill off beloved characters. There have been a few times when I've written through tears!
- Why did you choose the 1st person form to tell Phèdre's story? Does it bring something that 3rd person does not?
I think it brings an immediacy and a sense of intimacy. Her nature as an “anguissette”, bound to experience pain as pleasure, is a provocative element. If I'd written in the 3rd person, I think it would feel much more voyeuristic. In the 1st person point of view, the reader is forced to experience everything from Phèdre's perspective.
- We speak a lot of Phèdre and few of another hero of the series, Joscelin the Cassiline. Would you say a few words about this character? How did you create with him? Was he fun to write?
Phèdre is an unusual and unlikely heroine, so her heroic counterpart had to be unusual, too. Joscelin begins as a highly trained but inexperienced warrior. He's uptight, prickly, and sworn to chastity; not your typical romantic hero. Over the course of the series, many of his assumptions are challenged and broken. He becomes a formidable, deadly fighter, and a pretty prodigious lover. And yes, he's always great fun to write!
Questions about yourself:
- You said in a previous interview that you felt your strength as a writer was versatility. Let's ask the opposite question then. What aspect of storytelling do you think you should improve, or what aspect of writing is the most difficult for you?
I've become so comfortable with the 1st person point of view, I found it a struggle switching to a multiple, shifting 3rd person point of view in the Sundering. It was harder to sustain momentum with so many narrative threads.
- Some Fantasy writers are quite bonded to the genre and write fantasy books only, while others experiment with all sorts of literature (SF, but also history, poetry, philosophy etc). Do you feel rather bonded to Fantasy yourself, or does the idea of writing in other genres littéraires, appeal to you?
My tastes are eclectic. Kushiel's Dart was my breakthrough novel, but I've experimented with other genres in earlier, unpublished work, and I'm sure I will in the future.
- As a reader, what is the most important quality you seek in a book? What makes a good book for you? (An action packed plot? Good characterisation? An original setting? Quality in the writing style? Etc).
All of the above. In the preface of "East of Eden," John Steinbeck wrote: "Well, here's your box. Nearly everything I have is in it, and it is not full. Pain and excitement are in it, and feeling good or bad and evil thoughts and good thoughts, the pleasure of design and some despair and the indescribable joy of creation. And on top of these are all the gratitude and love I have for you. And still the box is not full."
That's how I feel about a truly great book.
- Does a writer, especially a successful one, owe something to his/her fans and if yes, to what extent?
I certainly feel that way. The success of my books is due in large part to word of mouth by avid fans, and I'm grateful for it. The extent is hard to gauge. One way I show my appreciation is by keeping an email link on my site and answering all my correspondence personally, but there may come a time when that's not feasible. It's different for every writer, but I think we should aways be mindful of the fact that without fans, none of us would be able to do what we love for a living.
- For whom do you write in priority, yourself? Your readers? Your editor?
I write for myself and my muse, first and foremost. I have to love what I'm doing and take joy in the process. I can only hope that if I succeed in my craft, my readers and my editor will be happy.
’French themed’ questions:
- Kushiel's Legacy trilogy takes place in Terre d'Ange, an alternate France. What made you choose such location as Phèdre's homeland?
I was inspired in part by a trip to Provence and falling in love with the landscape, the quality of the light, the scents and scenery, the sense of place. As it happened, that combined perfectly with the mythology I was creating; Blessed Elua, a deity begotten of the blood of Christ and the tears of Mary Magdalene, wandering the world and making his home in France. When I began the series, the apocryphal tale of Mary Magdalene's flight to France carrying the child of Jesus was quite obscure. "The Da Vinci Code" has certainly changed that!
- Are the d'Angelines people somehow inspired from the picture people have of the French, (even to a small degree)?
The popular perception of the French as a highly sophisticated people certainly enhances the characterization of the D'Angelines, but their culture derives more from my invented mythology than any real world precedent.
- Reading the descriptions of some parts of Terre d'Ange, it seems you visited France (the descriptions of the lavender fields for example puts immediately in mind of the Provence région). So, did you enjoy your stay?
Absolutement! I had a wonderful time.
- An alternate French setting, an elegant prose, an original and sexy héroïne, your books could have success over here! Have you never heard of a possible French translation? What do you think of the idea?
It's taken a while, but I'm happy to say that last autumn, I signed a deal with French publisher Bragelonne for the rights to all three books of the original Kushiel trilogy. So it will happen over the next few years, and I hope the French translations of the books find the same wonderful readership that they have in English.
Additional questions:
- Kushiel's Scion will be released in June. That's pretty soon. How do you feel about it?
I'm excited. I know a lot of readers have been waiting patiently for this one, and I'm looking forward to the adventure.
- Is there anything you'd like to say about this new trilogy?
Imriel's story arc is more personal and intimate than Phèdre's. I think, and I've been hearing from advance readers, that in some ways it's more accessible. It's not quite as epic. He's not a god's chosen, not a peerless swordsman; he's a young man trying to come to terms with a terrible legacy, coming of age in the shadow of impossible heroes.
At the same time, thus far these books have been a sheer joy to write. I love the first one, and in the second, I deal for the first time with l'amour fou; mad love in all its passionate glory! And in the third... well, without giving anything away, I'm having a great deal of fun.
- Anything you'd like to add for your French readers (we are not numerous, but we exist)?
Merci beaucoup pour lire mes livres.